Bonjour à tous.
Nous sommes de retour à Thiès pour cette dernière semaine...
Les deux pompes éoliennes fonctionnent à merveille. Mission accomplie.
Voila la première partie des aventures à MBalling, en attendant la suite, puis celles de Sowane.
A bientôt.
EQDM sénégal
- Retour dans les villages – MBalling – Damien et Julien –
Le mercredi 30 Août au matin, nous quittons une nouvelle fois l’auberge des manguiers pour retourner dans les villages, où notre projet doit trouver en quelque sorte son dénouement ; nous avons fabriqué tout ce qui devait nous aider à garantir la réussite de la mission, et désormais il nous reste à expérimenter nos systèmes : les comparer, les valider dans les conditions où ils aideront, nous le croyons aujourd’hui plus encore qu’à nos débuts, les courageux agriculteurs de cette région difficile.
Le père Grégoire a accepté une fois de plus de faire la livraison de nos machines absurdes ; François a décidé de l’accompagner sur cet ennuyeux trajet, embarqués tous deux dans le pick-up, d’où notre éolienne, éclairée d’une couche antirouille écarlate, anime la curiosité des piétons et des automobilistes.
Nous complétons le convoi tous les quatre à bord de notre véhicule ou l’on s’échange les dernières consignes, juste avant de se séparer. Anaïs a pris le volant pour remplacer Cheick, bloqué à Peycouck par de récentes commandes au niveau de son atelier, mais qui nous a promis de nous rejoindre bientôt.
Nos deux amis de Dom Bosco nous quittent juste après avoir déchargé, et réitèrent leurs invitations pour notre dernière semaine de séjour, pendant laquelle nous espérons pouvoir profiter des derniers instants sénégalais…
Une fois les outils méthodiquement partagés, c’est au tour d’Anaïs et Philippe de prendre la route, direction Sowane où ils espèrent trouver les travaux du puits terminés.
Nous retrouvons quelques instants monsieur Ba, absent lors de notre départ précipité, qui s’enquiert poliment de nos nouvelles créations.
Nous gagnons sans tarder le puits où la pompe a sans doute tourné pendant ces quelques jours d’absence. Le jardinier nous fait comprendre par quelques mots de français qu’elle a tourné les jours de bon vent ; ajoutée à l’eau remontée au seau, la quantité d’eau pompée pendant notre absence reste inconnue. Cependant nous comprenons bien à l’état apparent du système qu’il fonctionne correctement mais que cette saison des pluies, trop peu ventée, ne nous permettra pas de faire toutes les mesures espérées.
Pour reprendre nos essais, il nous faut démonter partiellement la pompe pour remettre correctement une des deux membranes, celle changée par les élèves lors de la formation à la maintenance, et qui débite maintenant moins d’eau que l’autre. Ensuite nous devons percer le morceau de transmission qui servira à ces essais, ainsi qu’une des cornières de l’éolienne sur laquelle il faut agrandir un trou ; mais aujourd’hui pas d’électricité au village
Nous nous apercevons bientôt qu’il nous manque une clé plate de dix, sans laquelle nous ne pouvons démonter la pompe…Nous décidons de faire un tour à MBour, l’occasion de passer dans un cybercafé pour envoyer des mails urgents.
Le taxi nous dépose en plein marché central, là où nous avions fait nos courses quelques jours auparavant. Nous peinons à trouver un cybercafé, demandons à deux jeunes notre route, pour finalement apprendre des types discutant devant les ordinateurs éteints, que la ville aussi est privée de courant… La chose paraît plutôt logique ici mais le fonctionnement de la Sénélec à Thiès, qui y dessert les quartiers à tour de rôle, nous a mal habitués. Nous achetons deux bidons d’eau minérale, et partons dans la nuit tombante à la recherche d’une clé de dix qui justifiera peut être notre déplacement ; les quincailliers à l’heure de la fermeture ne se montent pas très coopératifs, nous repartirons au moins avec l’eau qui commence à manquer au village.
Dans la matinée de jeudi, nous trouvons une clé de dix dans l’unique quincaillerie du village, où nous commençons à devenir de fidèles clients. Nous pouvons reprendre nos essais sur place. Nous déplaçons l’éolienne au dessus d’un déversoir voisin du puits, pour pomper avec une transmission plus courte, dans l’idée d’en mesurer l’influence, avec des hauteurs de refoulement diverses, de zéro mètre à trois mètres, atteints en montant debout sur le cadre de l’éolienne. Toujours pas d’électricité pour percer, nous partons à la recherche d’une solution dans le village : cela devrait nous occuper un petit moment.
Nous choisissons d’aller trouver Dominique, le propriétaire du restaurant à la limite du village, sur la route de MBour, auquel le chef du village nous avait présentés la semaine passée. La devanture de notre ami électrotechnicien était toute illuminée hier soir, il doit sûrement utiliser un groupe électrogène.
Personne à son domicile, son voisin nous explique qu’à cette période de l’année, la clientèle est rare le midi, ce qui le pousse à abandonner le tablier de cuistot pour reprendre son ancien métier, sur un chantier un peu plus loin.
Notre deuxième espoir habite en bord de mer, c’est un autre Toubab, un français d’une cinquantaine d’année, que nous avions rencontré la semaine dernière lors d’une virée sur la plage. Il terminait alors la construction d’une cuisine extérieure, bâtie autour d’un splendide four à pain de sa création. Ce type doit être bricoleur et nous avait paru sympathique ; va pour le bord de mer.
Il nous invite cette fois dans sa propriété : un terrain paradisiaque perchée sur la grande dune qui ferme le littoral des pêcheurs. Gilles, de son nom français, Samba comme l’appellent les villageois, est un ancien sportif professionnel qui a longtemps vécu entre l’Afrique et la France, avant de s’installer au Sénégal il y a bientôt neuf ans. Marié à une fille du village, ce papa de deux petites métisses a manifestement des projet plein la tête ; touche à tout, il se lance dans la pêche, l’exploitation agricole, la boulangerie, place son argent sur des terrains voisins et s’essaie aux énergies renouvelables. Mais son groupe est en panne… Nous passons la fin d’après-midi à discuter avec lui. Bientôt bercés par le bruit systématique des vagues et par la fraîcheur du vent, abondant en haut de cette dune, nous ne voyons même pas le courant revenir vers sept heure trente. Nous rentrons après un verre d’alcool de pin de singe fait maison ; le temps d’avancer un peu sur les rapports de mission divers, il sera l’heure de manger.
Le vendredi est une grande campagne d’essai, nous mesurons tout : vent, vitesse de rotation, débit, nous permettent de mieux cerner le comportement du système en situation.
Le travail ayant bien avancé, nous décidons l’après-midi de faire une virée à MBour, car il y urgence à trouver un cybercafé.
A peine descendus du taxi, nous rencontrons Chérif qui arrive de Saly en vélo. Notre ami nous accompagne pendant nos courses, nous indique la poste et nous donne rendez-vous avant notre départ, histoire de garder le contact, d’échanger des adresses.
Nous commettrons ce soir une erreur qui aurait pu être fâcheuse pour la mission. Dans un excès de fainéantise, nous décidons de laisser l’éolienne au dessus du bassin d’essai, fixée sommairement par deux pattes bétonnées, mais surtout sans les renforts, nous convainquant qu’elle n’irait pas bien loin…Cela aurait était vrai par une nuit calme comme nous en avions eu jusque là.
Mais cette nuit, c’est la tempête qui nous arrache à notre sommeil. A l’abri dans nos lits, nous imaginons déjà le désastre que nous trouverons le lendemain.
Le réveil du samedi est plus difficile que les autres : on s’attarde sur le petit déjeuner, redoutant le moment où il faudra aller constater les dégâts sur place.
A mesure que nous approchons du puits, plus de doute possible ; le cadre de l’éolienne, privé de ses renforts, s’est affaissé, infligeant des efforts démesurés aux pales, qui fatalement se sont pliées.
Il nous faudra toute la matinée pour redresser nos bidons et nos barres qui par chance supportent bien le choc. Nous remontons l’éolienne qui ne semble pas avoir perdu ses anciennes propriétés. Cette leçon ne nous aura coûté qu’une matinée.
En prenant le thé qui conclue généralement le repas de midi et marque pour nous le retour aux champs, nous prenons des décisions concernant le système de refoulement. Agacés depuis quelques temps par le tuyau d’arrosage qui se plie et augmente considérablement les efforts dans notre système, nous décidons d’accompagner Baba sur MBour, où il doit acheter des pièces pour réparer une conduite d’eau courante.
Nous pensons acheter du tube PVC pour refouler l’eau en surface, mais il vaut mieux attendre la voiture qui arrivera avec Anaïs et Philippe d’ici quelques jours. Nous prospectons pour les raccords divers qu’il faudra racheter, puis nous prenons le chemin du retour. Mais aujourd’hui nous n’arrivons pas à remplir un taxi, donc pour économiser, il nous faudra prendre le car rapide ; ces transports en commun typiquement sénégalais, qui doivent leur nom à la témérité de leurs chauffeurs, et le nombre de véhicules retournés sur le bord de la route, ressemblent à des vans d’une quinzaine de passagers. Nous ne risquons pas grand-chose, jusqu’au village la route est droite.
Nous aspirons à une journée de repos, car nous accumulons la fatigue depuis quelques temps ; les nuits sont souvent abrégées par la prière de cinq heure du matin, appelée par le muezzin, ou par les chèvres qui vivent autour de l’école et poussent des gémissements angoissants d’humanité...La proximité de la route n’arrangeant rien, nous prenons notre jour de repos ce dimanche, l’occasion d’honorer l’invitation de Samba à déjeuner chez lui. La journée passe vite entre un bon plat sénégalais préparé par sa femme Daba, et une virée dans son champ, non loin de notre éolienne, où nous partageons ses projets d’agriculture et ses rêves d’énergies renouvelables. Notre ami, plus sénégalais que les sénégalais, nous apporte un regard nouveau sur sa terre d’adoption et les habitants de ce village auxquels nous commençons à nous attacher tout particulièrement.
A partir de cette dernière semaine, nous passons beaucoup plus de temps avec la famille de Baba, à force de repas, de thés et de soirées télévisées. A l’image de Cheick, son ami de longue date, Baba est un homme droit, comme le disent les gens d’ici. Nous pouvons en dire de notre côté que son sérieux et son amour de la terre conviennent sûrement à son rôle de responsable du périmètre maraîcher qu’il exerce parallèlement à son métier premier d’instituteur. Deux autres personnalités se détachent dans cette maison qui abrite et nourrit près de dix personnes. Les deux jeunes cousins de Baba, Zal et Moudou, d’une gentillesse authentique, portent un intérêt profond à notre projet et nous seront d’une aide capitale dans les innombrables montages et démontages de l’éolienne. A partir de cette matinée de lundi, il vont nous accompagner chaque matin au champ, pour proposer leur aide, et souvent leur savoir faire : Zal est menuisier métallique, c'est-à-dire métallo soudeur, et Moodoo est le maçon de la famille.
A suivre…
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