Présentation

  • : Projet 2006
  • pompe-valdes
  • : Hi Tech
  • : Association à but non lucrative, créée pour développer le projet Pompe Valdes.Il s'agit d'une pompe éolienne pouvant être fabriquée dans les PED, le but étant au final de créer des ateliers sur place et donc une micro-économie.
  • Recommander ce blog
  • Retour à la page d'accueil
  • Contact

nouveautés sénégal

Vendredi 14 juillet 2006 5 14 07 2006 18:31

Le 12/07/06

Par en quête du monde - Publié dans : nouveautés sénégal
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 18 juillet 2006 2 18 07 2006 13:53

Le 16 juillet, depuis Peycouck.

 

L’équipe sénégalaise d’EQDM se porte à merveille. Nous respectons les précautions d’hygiènes recommandées par nos médecins et autres contacts français ; nous buvons notre eau pastillée prévue pour ménager nos estomacs de touristes, mais nous goûtons à tous les plats locaux, très bons, bien qu’épicés. Le tout à la sénégalaise, c'est-à-dire autour d’un plat unique dans lequel tout le monde pioche.

Le deuxième jour, c’est décidé, nous achetons deux ventilateurs qui nous aideront à mieux supporter les nuits africaines. Pour cela nous nous rendons dans le centre ville de Thiès, où se trouvent tous les commerces. Le cadre est toujours un peu déroutant ; les déchets dans les rues, les odeurs de poissons séchés sur les étalages hasardeux, les charrettes attelées aux chevaux, les regards intrigués qu’on lance aux « Toubabs » (comme nous appellent les enfants dans la rue, les « blancs », en venant nous serrer la main). A cette occasion, nous commençons à prospecter pour le matériel nécessaire à la fabrication des pompes éoliennes, bois mis à part (PVC, tubes métalliques, roulements…), tout est disponible sur Thies (excepté les clapets et le bois)…nous nous préparons à négocier les prix.

Nous gardons à l’esprit la rencontre de dimanche avec les responsables du centre de formation, qui sera sûrement décisive pour le bon déroulement du projet ; nous la préparons sérieusement avec l’équipe en se répartissant les rôles et en peaufinant notre power point. Le planning sera séré une fois la fabrication lancée !

Nous rencontrons le directeur de l’école primaire de Peycouck. Il nous offre des sièges dans la cour de son établissement, grouillant de monde ce jour là à l’occasion d’une journée de recensement de la population. L’école sénégalaise, largement inspirée du système scolaire français, est à l’évidence au cœur de la vie des villages. A l’ombre d’un grand arbre, il nous parle de son travail et de son parcours : très intéressant. Mais comme nous l’avions imaginé, sur place on manque de matériel, surtout à l’heure des ordinateurs et d‘internet. Quand o pense que notre école jette ses vieux ordinateurs et entreposent dans un hangar ses vieilles machines… Nous répartirons plus tard les dons venus de France (stylos, crayons, ballons, médicaments,…) dans les différents villages.

 

Le samedi, nous décidons de profiter des derniers moments libres de notre séjour pour visiter les alentours, toujours conduits par Check qui nous est décidément d’une aide précieuse ; il répond aux multiples questions que nous nous posons sur la culture sénégalaise, sur les prix conventionnels du marché, et joue les interprètes ; car même si le français est enseigné dès l’école primaire, peu d’habitants le parlent fréquemment, au profit du dialecte Wolof, devenu langue officielle au Sénégal.

Notre première destination, le Lac rose, est à 1heure30 de route de Peycouck. L’attraction principale de ce lieu très touristique est un lac aux reflets roses (dus vraisemblablement aux algues sur les fonds) dont le taux de salinité élevé, qui rappelle celui de la Mer Morte, permet aux baigneurs de flotter sans trop d’efforts ! Bien sûr, les vendeurs de souvenir ne sont jamais très loin, il est encore difficile de dépasser notre condition de touriste et d’ainsi leur tirer de bons prix.

 

Le dimanche, c’est le jour du fameux rendez-vous. Nous prenons un moment pour passer dans l’un des nombreux cybercafés de Thiès, Internet restant le moyen le plus rapide et le plus économique de diffuser nos photos et de donner des nouvelles. (Seulement 200 Francs CFA = 2 Francs = 30 centimes d’euros pour 1 Heure de connexion !).

Vers 4 heures nous arrivons au centre Don Bosco dans Thiès où nous sommes chaleureusement accueillis par le Père Grégoire, directeur du centre de formation, et Mr François Faye qui fait partie de l’équipe de 4 professeurs que nous aurons à former sur la fabrication de la pompe Valdès. L’entretien se passe bien ; nous avons là des partenaires motivés et des ateliers bien équipés pour travailler dans les meilleures conditions. Cependant le centre est en période d’examen ; nous ne pourrons commencer notre formation et lancer la fabrication qu’à partir du 27 juillet d’après le Père Grégoire. Nous nous occuperons d’acheter le matériel d’ici-là… en réglant la question du bois dont l’approvisionnement est pour l’instant incertain…François Faye doit nous contacter lundi soir pour nous donner la réponse de son contact à Tambacounda.

Le dimanche soir après un nouveau repas délicieux au campement, intrigués par les chants religieux qui résonnent dans tout le village, nous partons en ballade, guidés seulement par la sono. La piste nous conduit dans une propriété où une assemblée d’hommes, de femmes, d’enfants, alterne danses religieuses au rythme endiablé des djambés, et récits de la vie de village par les chefs de quartiers. Au cours des discussions, les anciens manifesteront leur joie de nous avoir parmi eux. L’expérience sera marquante…

En entrant nous profitons une fois encore du ciel étoilé qui manque à nos grandes villes.

 

Lundi nous partons pour la petite côte où nous visitons l’île aux coquillages. Une île entièrement faite de coquillages, entourée d’une mangrove formée par des palétuviers, à 90 pour cent catholique, dont est originaire le premier président du Sénégal L. S. Senghor. La vie des habitants est au rythme des marées.

Petite inquiétude à l’arrivée sur l’île, nous sommes à 20 kms du village où nous installerons les pompes éoliennes et il n’y a pas un brin de vent…heureusement, il se lève peu de temps après et soufflera tout au long de la journée.

Le déjeuner tardif se fait dans un restaurant de routiers. Oubliez les images classiques que vous auriez en tête ; ici on vous sert dans une baraque de fortune en tôle où s’entassent une dizaine de personnes pour manger un plat unique, généralement riz et poisson, pour une somme modique de 500 F CFA, soit 5 francs français.

Sur la route du retour, un policier nous arrête et demande un bakchich pour pouvoir se payer un coup à boire, la corruption est bien présente dans le pays.

Nous sommes sur l’une des routes principales du Sénégal mais cela ne nous empêche pas d’être ralentis par des troupeaux de vaches aux longues cornes ou de chèvres.

La soirée se termine sur une discussion à propos des perspectives de fabrication de la pompe avec un outillage et une qualification minimum car nous disposons d’un tour et de deux perceuses.

Par en quête du monde - Publié dans : nouveautés sénégal
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Samedi 22 juillet 2006 6 22 07 2006 13:57

Le 21 juillet depuis Peycouck,

 

Mardi nous avons des nouvelles du bois, de bonnes nouvelles ; une fois de plus Sékou nous sauve la mise, grâce à un contact en Casamance, seulement deux jours après que F. Faye nous ait annoncé que ses solutions d‘approvisionnement tombaient à l’eau. La prochaine rencontre avec Sékou, devenu notre ange gardien officiel, sera l’occasion d’un premier déplacement dans les villages « pilotes », où nous installerons les deux premières pompes, et ce donc, juste après la fabrication au centre.

Nous allons récupérer deux troncs de 50cm de diamètre sur 3mètres ; c’est suffisant pour réaliser 3 pompes, une fois le bois de cœur écarté, pour respecter les contraintes de tenue mécanique. L’essence sera le Teck, un bois dur idéal pur les efforts mécaniques générés dans la pompe et qui de plus, admet très peu de déformations entre bois mouillé et bois sec (de l’ordre de 1 à 2 % seulement). La pompe étant réalisée habituellement en bois mouillé (bois fraîchement coupé), cette propriété pourra nous donner une certaine marge sur le transport et le conditionnement des pièces, et pourrait donner lieu à une étude de recherche et développement pour l’équipe camerounaise de la mission 2006. Le tout devrait être acheminé par bateau jusqu’à Dakar pour mercredi prochain, la formation commençant le jeudi ; les délais sont sérés sur ce coup mais nous devrions pouvoir commencer à temps !

 

Le soir nous sommes invités à prendre le thé (dites attaï en Wolof) chez une jeune fille du village prénommée Khadi ; malgré son jeune âge (15 ans), elle fait partie de nos contacts les plus avenants. Elle nous installe dans la chambre de son frère aîné dont nous faisons la connaissance. A la lueur d’une modeste lampe à huile, nous discutons tandis que d’autres garçons du village nous rejoignent. Comme à leur habitude, les jeunes sénégalais commencent par nous taquiner ; ce petit jeu de culture nationale auquel nous ne sommes pas habitués nous met mal à l’aise, et nous parlons finalement peu. Mais en peu de temps, les sénégalais savent revenir des plaisanteries liminaires et se montrent généralement très bavards et très curieux. Bien que la chaleur à l’intérieur de cette chambre exiguë devienne étouffante, l’intérêt des échanges qu’il s’y tient nous fait rester jusqu’à une heure tardive. Nous y faisons la connaissance de jeunes travailleurs (mécanicien, menuisier ébéniste, chauffeur…) qui évoluent en tant qu’apprentis, non rémunérés ; travailler leur permet de prétendre à la nourriture et au logement familial, en attendant de pouvoir lancer leur propre affaire. Un seul d’entre eux prolonge ses études ; il a 21 ans, récemment sorti de l’école coranique, il redouble sa 4ème et aspire à une carrière de médecin dans l’armée. Leur vie active est dure, certains travaillent à Dakar en semaine, n’en reviennent que le week-end pour passer des nuits à bavarder et dormir à cinq sur deux matelas. L’un d’entre eux nous raconte sa tentative avortée de passage en Espagne. Embarqués sur une pirogue, lui et cinq autres jeunes étaient partis de Dakar et avaient réussi à rejoindre la côte espagnole. Rapidement repris par la police locale, ils ont été reconduits sur le territoire sénégalais. D’autres fois certains gamins ne terminent pas le dangereux voyage.

La vie est rude au Sénégal, ils ne manquent pas de le souligner ; de nombreux jeunes rêvent aujourd’hui de l’Europe…

Il nous parlent inévitablement de football…les sénégalais en sont fous.

 

Mercredi…

 

Nous profitons de nos derniers jours de libre avant les débuts de la formation pour nous rendre à Saint Louis, située sur une île du Nord du pays, embrassée par le fleuve Sénégal, juste à la frontière de la Mauritanie.

Départ tôt le matin pour faire les 300km qui nous séparent de l’ancienne capitale de l’Afrique française. Chekh nous accompagne toujours, nous finissons notre courte nuit dans la voiture. Sur la route, les paysages se succèdent, de la forêt de baobabs à la savane sèche et aride. Nous traversons de nombreux villages. Damien prend le volant pour la fin du voyage. Cela ne durera pas puisque nous sommes arrêtés au premier poste de police. Nous donnons les papiers de la voiture et le permis de Damien, ou plutôt la photocopie du fax du permis scanné de Damien… Cela n’est pas du goût de l’agent qui nous contrôle et qui dénonce l’infraction qui n’en était pas une. Il prend les papiers comme cela se fait ici, et s’en va contrôler d’autres véhicules. Nous attendons, Chekh le suit pour essayer de négocier…Un quart d’heure s’écoule et notre ami revient le sourire aux lèvres. « Il faut toujours faire du bien autour de soi » précise-t-il. Il se trouve qu’il y a quelques années, notre guide avait réglé un différent entre un ami à lui et notre policier, lui évitant de graves ennuis. Ce dernier s’en est souvenu et a bien voulu passer l’éponge. Le hasard fait bien les choses, et nous évite une amande de 18000 Fr CFA (30 euros) !… Nous poursuivons notre route et arrivons à St Louis. Cette ville a des airs de Venise à première vue, de belles mais anciennes maisons coloniales bordent les rivages du fleuve. Nous traversons ce dernier et après avoir demandé notre chemin quelques fois, nous arrivons dans une auberge : «  la Louisiane  ». Le patron, un petit nigérien jovial, nous accueille et nous montre les chambres qui se révèlent être dignes d’un bon hôtel français (toilettes, douches et ventilo dans la chambre !). La terrasse est magnifique, elle donne directement sur le fleuve Sénégal et on peut voir en face les pirogues des pêcheurs. Nous nous installons et partons visiter la ville.

         Nous sentons que nous sommes dans un site touristique, les marchands nous abordent à tous les coins de rues, les gosses nous réclament de l’argent, les prix sont plus élevés et la ville est bien entretenue. Les maisons arborent des balcons stylisés et cachent de superbes escaliers et cours intérieures. On imagine bien la ville au temps des colonies… Nous traversons un autre pont et arrivons sur le quartier de la langue de barbarie, celui des pêcheurs et des belles pirogues colorées. Les maisons sont plus « traditionnelles », les rues moins entretenues, les odeurs de poissons plus fortes, nous arrivons sur la plage où les pêcheurs s’activent et les enfants jouent au foot ou se baignent dans de gros rouleaux. Le spectacle est saisissant. C’est aussi de cette plage que partent dans de grandes pirogues des sénégalais en quête d’une vie meilleure, vers l’Espagne et l’Occident. Certains y parviendront, d’autres reviendront, d’autres encore effectueront leur dernier voyage…

L’après midi se poursuit, nous faisons quelques achats, mangeons et allons nous coucher.

 

Nous avions décidé de nous lever tôt ce matin. En visitant la réserve de Guembel et le Parc national de la langue de Barbarie, nous serions de retour à Peycouck le soir même ; nous profitons de ces bons moments mais le travail nous attend au village.

Nous avons la chance de prendre le petit déjeuner en terrasse au bord du fleuve Sénégal. L’endroit est apaisant, nous entamons une belle journée au rythme de l’eau et entendons au loin les pêcheurs chanter comme pour se donner du courage.

La réserve de Guembel se situe à quelques kilomètres au sud de Saint Louis, sur la route de Dakar. Un guide nous emmène à pied à travers une étendue d’acacias et de figuiers de barbarie. Nous y rencontrons des gazelles et des onyx que nous pouvons approcher, des habitués aux passages des visiteurs, nous assistons au repas des tortues terrestres dont la doyenne frise les 105 ans, et nous évitons les attaques des mouettes protégeant leur nid. Seuls les phacochères nous échapperont ; le guide nous avoue qu’ils n’apparaissent que rarement. Les singes sont les derniers à se montrer, occupés à s’étirer dans les arbres.

Avant de partir, nous demandons un peu de l’eau que boivent les tortues ; il paraît que les gens d’ici s’en servent pour soigner l’asthme, et nous connaissons un enfant du village qui en souffre…

Le parc de la langue de barbarie, beaucoup plus touristique, propose des ballades en pirogue dans une réserve d’oiseaux migrateurs, coincé entre l’embouchure artificielle du Sénégal et l’océan atlantique. Les cormorans, les flamands, les hérons et autres martins pêcheurs s’y retrouvent en cette saison.

Pour terminer cette journée de détente, nous faisons un crochet sur le chemin du retour pour s’arrêter à MBoro sur mer. Près de la côte, la végétation est tout autre que dans la région de Thiès : ici on voit de légers reliefs pleins de verdure, parfois même d’étroites rizières. Sur la plage, le sable est agréable et les panneaux improvisés préviennent les baigneurs des dangers de l’océan ; en effet la mer est agitée, les courants puissants…nous prenons la précaution de ne pas trop nous éloigner, mais profitons tout de même de cette baignade tant attendue.

Nous sommes de retour à Thiès vers 8 heures, nous dînons en ville.

 

 

A suivre…

 

 

Par en quête du monde - Publié dans : nouveautés sénégal
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 26 juillet 2006 3 26 07 2006 13:22

Le 21 juillet depuis Peycouck,

 

 

Cette nuit la pluie est tombée sous de bruyants orages accompagnés de coupures de courant, et cette journée semble annoncer le début de l’hivernage, la fameuse saison des pluies. Désormais les moustiques seront plus nombreux et plus agressifs.

Aujourd’hui nous souhaitons résoudre un problème concernant le bois. Aux dernières nouvelles, Sékou tentait de le faire embarquer dans le bateau de Dimanche, pour le réceptionner vers 6 heures du matin le Lundi à Dakar. Reste pour nous à le débiter en planches adaptées à la fabrication de la pompe et au stockage dans l’eau. Nous nous employons à contacter des scieries dans la région pour nous y aider, jugeant que l’utilisation d’une tronçonneuse, comme cela avait pu être fait dans les missions précédentes, était trop risquée et engendrait trop de pertes sur le bois.

Nous demandons à Check de se renseigner auprès d’un de ses amis menuisier à Thiès, dont nous avons déjà visité l’atelier. A l’image des commerces, les artisans d’ici (menuisier, mécano…) étalent leurs machines sur le bord de la route obligeant parfois les piétons à emprunter des trajectoires curieuses ; peu ou pas de trottoirs ici, seulement du sable épais qui dessine le bord des routes…L’après-midi, nous prenons donc le chemin de notre cybercafé favori pour lancer de plus amples recherches. Internet n’est pas d’une grande aide sur ce coup.

En sortant du cybercafé la solution est juste devant nos yeux, sur le trottoir d’en face : le bureau du service de protection des eaux et forêts. Deux d’entre nous traversent pour aborder un type posté à l’entrée. Moyennant quelques explications sur notre travail au Sénégal, nous sommes reçus par le directeur technique départemental, le Colonel Fall. Très serviable, ce dernier décroche son téléphone et contacte le responsable de la voirie à Thiès qui nous invite à passer immédiatement, quelques rues plus loin, pour voir si leurs machines nous conviennent.

En repassant nous prendre au cybercafé, Check nous fourni un contact en ville susceptible de débiter nos planches. Nous passons tout de même à la voirie, croyant que nous sommes attendus. Une fois sur place, nous ne trouvons pas grand monde, mais nous jetons un coup d’œil à l’unique machine à bois du site : rien d’intéressant  pour nous, une simple scie circulaire comme celles dont nous disposons aux ateliers, pas de quoi trancher nos troncs. Nous saluons un gars qui nous recommande un ami à lui, capable de faire le boulot : on retombe sur le même contact que celui de Check…nous passons le voir.

Le type en question est un menuisier de Thiès. Nous peinons à trouver son atelier dont la devanture a plutôt des allures de maison familiale ou de buvette. Nous pénétrons dans une cour intérieure où le bois s’entasse en grande quantité. L’homme avec qui nous négocions à des allures de bûcheron ; des bras énormes et de larges mains qui le prédisposent au travail. La machine dont nous avons besoin est là. Il nous assure qu’il peut tailler des planches aux dimensions voulues, et qu’il fera le boulot en un jour pour 7500 Fr CFA par tronc. Avant de nous quitter, il nous parle d’une essence apparemment très intéressante pour notre pompe : le bois de VEN. Assez proche du Teck, il la juge même supérieure mécaniquement et plus facile à travailler, et prétend pouvoir être le fournisseur sur place pour des troncs fraîchement coupés…Il faudra y réfléchir sérieusement pour la production à  plus long terme de la pompe, au niveau du centre de formation…

 

 

Le lendemain matin, nous profitons d’une visite au cybercafé pour aller remercier le colonel Fall pour ses conseils, et nous citons fièrement notre menuisier miracle. Il s’avère que notre contact fait du trafic de bois, que l’essence qu’il nous recommande est une espèce protégée en voie de disparition ; le type est surveillé par le service des eaux et forêts, pas étonnant que tout le monde le connaisse dans Thiès… Le Colonel conclue, amusé, qu’il lui fera l’honneur de sa visite annuelle, histoire de garder le contact.

 

 

L’après-midi est réservée à l’achat des bidons qui vont former les pales de l’éolienne. Des fûts      de 250 litres que nous avons repéré à 4000 Fr CFA pièce dans une station Total. Check nous propose des bidons négociables à 3000 dans un village voisin de Peycouck. Nous tentons cette solution qui nous permet en plus d’entrevoir le village voisin. Les bidons que nous trouvons sur place, dispersés au fond d’un jardin, devraient convenir, même si certains sont un peu déformés.

Ils nous seront livrés demain dans la matinée par charrette.

 

 

Le soir nous sommes traditionnellement invités à boire le thé chez deux jeunes filles, croisées à l’auberge des manguiers plus tôt dans la journée. Elle habitent une des plus grandes maisons du village, puisqu’elle est bâtie sur deux étages, chose rare même en ville. Nous y discuterons principalement avec leur frère aîné de 20 ans, Moustafa, qui passait son bac cette année. Il attend impatiemment les résultats qui tardent à cause des grèves. Le gouvernement a récemment accordé des augmentations à plusieurs corps de fonctionnaires dont certains ont été arrosés par des scandales. Les enseignants délaissés, et soucieux de voir l’image de la profession redorée depuis l’apparition du volontariat (enseignants recrutés parmi la population sans concours de l’école normale), prolongent aujourd’hui les  grèves et certains refusent de corriger les examens. Moustafa s’exprime dans un français impeccable ; c’est un jeune brillant, féru de lecture, qui envisage de continuer des études de philosophie à la faculté, éventuellement en France. Malheureusement, les perturbations actuelles l’inquiètent, il est possible que l’Etat français ne reconnaisse pas son bac…        

         A peine levés le lendemain matin, nous entendons un bruit de tôle sur lesquelles on frappe. Nos bidons ont été livrés à l’atelier de Chekh et ses apprentis sont en train de les couper en deux à l’aide d’un marteau et d’un burin. Nous partons alors pour l’atelier et travaillons avec les apprentis, étonnés de voir que des toubabs puissent réaliser des travaux manuels et se salir les mains. Les bidons sont dans un mauvais état, il faut les nettoyer, les redresser et les peindre d’une couche d’antirouille et tout ça avec les moyens du bord (cailloux, lessive, bout de bois,…).

         La journée passe et nous nous arrêtons à 17 heure pour aller chez François Faye, le professeur du centre de formation que nous avons rencontré la semaine dernière. Celui-ci vit encore chez ses parents, avec sa femme et ses enfants. Nous sommes bien accueillis et passons la soirée à palabrer sur des sujets divers et variés, même si le sujet principal reste celui de la formation et de la fabrication de la pompe. François nous apprend que les professeurs intéressés pourraient être à l’origine d’un GIE (Groupement d’Intérêt Economique), regroupant d’anciens élèves du centre autour de divers projets, celui de la pompe Valdes semblerait adéquat. François semble être un professeur impliqué et passionné, désolé de voir que certains de ses anciens élèves aient dû changer de métier faute de moyen et de machines. Au cours de la soirée, Philippe-Antoine est contacté par Europe 1 qui lui propose de passer en direct le soir même pour parler de notre mission et de notre association dans le cadre de l’émission Génération Europe 1. Il présente pendant 10 minutes le projet à minuit et demie heure française…nous espérons qu’il aura été entendu.

Par en quête du monde - Publié dans : nouveautés sénégal
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mardi 1 août 2006 2 01 08 2006 00:38

24, 25 et 26 juillet 2006

 

Impatient de commencer à fabriquer, à seulement deux jours du début de la formation, nous décidons de préparer les bidons. Deux sur les six achetés seront préparés à la fabrication de l’éolienne, le reste nous le destinons au trempage du bois. Notre ami Cheick, qui dirige une poignée d’apprentis dans son atelier, nous propose de leur sous traiter la coupe. En France, les fûts d’huile avaient été taillés à la disqueuse. Ici nous ne disposons pas d’appareils de ce type, la méthode est plus élémentaire : un marteau et un burin feront l’affaire, les jeunes sur place y sont habitués. Nous les observons pour pouvoir réaliser l’opération plus tard, durant la formation ; dans l’idée nous conservons quelques bidons entiers.

Les fûts destinés à l’éolienne sont coupés dans la hauteur pour former deux demi cuves qui en réaliseront les pales. Ceux qui serviront à tremper le bois sont seulement découverts dans la partie supérieure. Quelques-uns de ces bidons nécessiteront quelques coups de masse pour les redresser, car ils semblent avoir effectué pas mal de trajets…

C’est notre première phase pratique sur place et dans le village. Les plus jeunes s’étonnent de voir les Toubabs se livrer à des tâches manuelles. Nous sentons l’imagerie populaire persister, concernant l’Europe et ses habitants, chez les jeunes comme chez les adultes en fait ; il y a deux jours, nous apprenions à Cheick, attristé, que de nombreuses personnes en France étaient sans domicile… Pour lui les problèmes ce cet ordre étaient résolus depuis longtemps au niveau des grandes nations, puisque nous avons les moyens qui font tant défaut à son pays.

 

Le lendemain nous poursuivons notre travail sur les bidons, à l’ombre des arbres bien sûr, pour éviter le soleil qui tape si fort en cette saison, juste avant l’arrivée des nuages et de la pluie. Après les avoir décapés, nous passons la couche d’antirouille qui les préservera d’éventuels dommages, une fois remplis de bois et surtout d’eau…

 

L’après-midi nous restons disponibles,  attendant le coup de téléphone de Sékou. Il doit avoir réceptionné les quatre troncs humides au port de Dakar, ce matin, et s’apprête à effectuer deux allers retour dans les embouteillages de la capitale pour nous les apporter à l’arrière de son pick-up Toyota de la DAHW  ; l’ONG allemande est en charge du suivi des anciennes léproseries, devenues villages de reclassement social, et emploie 18 personnes au Sénégal. Notre ange gardien ira jusqu’au bout de son engagement, comme il se plaît à le dire, en nous déposant le bois chez notre menuisier à Thiès. Ce dernier nous promet que tout sera prêt demain, si le courant ne fait pas défaut en ville. Nous lui laissons notre trésor : quatre superbes troncs de Teck de 50cm de diamètre sur 1m50 de long, encore humide, avec des couleurs et des odeurs exotiques…une très belle trouvaille sans doute…

 

Mercredi c’est le dernier jour avant le début de la formation, nous effectuons nos derniers achats, de la tuyauterie pour l’essentiel, et vers midi nous sommes de retour chez le menuisier, comme convenu, pour s’assurer que les planches correspondent aux côtes demandées, avant qu’il ne coupe tout. Deux des quatre troncs ont été débités en planches, pratiquement sans nœuds ni défauts apparents ; nous y voyons déjà de superbes pompes, une pièce ici, une autre là, l’envie de fabriquer exaltée par l’odeur qu’il s’en dégage. Fier d’avoir accompli ce défi personnel, le menuisier nous expose sa méthode, qui inclue une toute nouvelle lame au diamètre impressionnant, pouvant seul rivaliser avec celui de nos troncs, et pour laquelle il a creusé la machine qui la supporte désormais. Mais cette lame a coûté cher, amène-t-il bientôt, et il faut pourvoir l’amortir…. De plus le travail était fatiguant, et a même causé, paraît-il, quelques blessures. Finalement nous voyons quasiment doubler le prix de l’affaire. L’opération n’est pas très honnête, et nous ne gagnons rien à discuter avec un de ses amis qui nous sert des théories indigestes sur les clivages blanc/noir… Nous sommes agacés par ce bonhomme qui n’a en plus rien à voir avec le travail effectué ; un simple amuseur qui joue les érudits, un griot comme on les appelle ici.

Le menuisier ne cèdera pas sur son prix : 12000 F cfa par tronc. Il sait qu’il est le seul dans le coin à faire ce travail peu conventionnel, et joue de la situation.  Nous sommes obligés de le payer au prix exigé, nous ne tenons pas à perdre le moindre morceau de ce bois si durement acquis. Nous transportons les planches à l’arrière de la voiture toujours emmenée par Cheick, répartissant les mille kilos de départ sur plusieurs voyages, destination le centre Don Bosco où la fabrication doit débuter demain…

Par en quête du monde - Publié dans : nouveautés sénégal
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus