MBailling
– Parenthèse depuis MBailling – Damien et Julien -
Nous arrivons à MBailling le mercredi 23 Août. Anaïs, Philippe et Cheick nous déposent en voiture à l’entrée du village et repartent aussitôt, direction Sowane, pour installer la seconde pompe. Cheick nous a laissé entre les mains d’un ami, surnommé Baba, qui est aussi le responsable du périmètre maraîcher. Nous avions déjà rencontré cet homme sérieux, avec qui nous avions discuté des cultures locales et des besoins exprimés par les exploitants agricoles.
Il nous dirige sans tarder vers l’école du village, habité par l’inamovible directeur, monsieur Bâ. Nous y resterons vraisemblablement durant toute la campagne d’essais que nous voulons mener sur place. L’éolienne désormais installée, nous voulons établir des liens sérieux entre la vitesse du vent, la rotation de l’éolienne et le débit sortant de la pompe, en fonction des hauteurs de remontée d’eau, et de la taille des pistons de la pompe…vaste programme. Espérons que le vent, d’habitude rare en cette saison d’hivernage, soit suffisant.
A peine arrivés nous repartons en taxi vers la ville la plus proche, MBour, pour y acheter de quoi nous installer sommairement ; deux matelas, un peu de corde pour étendre notre linge et fixer nos moustiquaires, enfin une lampe à pétrole pour prévenir les éventuelles pannes de courant. Le chauffeur nous dépose en plein marché central où nous n’avons aucun mal pour tout acheter. Nous rencontrons un type à qui nous expliquons notre travail sur place et qui nous aide à compléter nos courses. Il nous oriente vers les boutiques les plus proches et négocie de bons prix pour nous. Bien que le type soit vraiment sympathique et qu’il semble nous considérer en étudiants fauchés, il n’en attend pas moins un petit pourboire pour son aide, surtout pour le pétrole destiné à la lampe, qu’il a dû négocier à la station en petite quantité. Nous lui cédons un peu d’argent mais lui faisons comprendre que ses manières n’étaient pas très correctes ; nous nous quittons avec beaucoup de déception de chaque côté…Pour revenir le taxi essaie à son tour d’extorquer les Toubabs en nous proposant la course pour trois fois son prix…il s’amuse finalement à négocier un prix plus raisonnable, et nous dépose à l’entrée du village, avec sur son visage une expression curieuse, celle d’un homme qui se demande ce qui nous amène dans ce coin sans grande activité touristique.
Nous logerons dans une salle de classe qui se situe au deuxième et dernier étage de cette grande école financée il y a quelques années par
Une fois l’installation terminée, nous partons voir notre éolienne dans le champ voisin. Pour s’y rendre depuis notre école, nous traversons la route qui mène à la ville et deux cents mètres de culture sous un soleil plus brûlant encore qu’ailleurs ; les chapeaux sont les bienvenus. L’armature de l’éolienne est toujours en place, la pompe attend au fond du puits que les pâles retirées avant notre départ se remettent à tourner. Nous attendrons cependant demain la formation des jeunes villageois à la maintenance pour remonter l’ensemble du système.
Baba confirme que deux menuisiers métalliques sont disposés à s’occuper de la maintenance pour le village et que nous les rencontrerons demain. Le soir nous mangeons chez lui en compagnie bien sûr de toute sa petite famille. Ici au bord de la mer, le poisson est encore meilleur que celui que nous mangions à Thiès…Nous ne tardons pas à nous coucher, cette journée a été visiblement fatigante.
Le lendemain au réveil nous partons pour une expédition petit déjeuner. A la recherche de notre Chocoleca (une pâte à tartiner version Nutella mais au goût cacahuète) et d’une baguette de pain. Personne ne vend de pots ici, les vendeurs vous tartine votre pain ou votre beignet pour quelques francs supplémentaires ; généralement les enfants affluent dans les boutiques à l’heure du goûter avec une petite pièce…
C’est l’occasion de tester une nouvelle pâte à tartiner sénégalaise.
De passage à l’école pour prendre quelques clefs nécessaires au montage de l’éolienne et de la pompe, nous croisons les trois enfants de la famille Ba qui s’amusent de la venue des Toubabs dont la chambre aménagée comme une cabane d’enfants, regorge de jeux fabuleux ; un ordinateur, un appareil photo, des stylos et du papier pour dessiner…
Sur la route du champ, il était convenu que nous ramassions au passage les deux jeunes qui travaillent à l’atelier métallique. Une fois sur place nous reconnaissons un des ouvriers qui avait assisté à l’installation quelques jours plus tôt, sans que nous sachions alors qu’il devait suivre la suite de la formation. Il semble être le seul à avoir prévu cette journée à son planning ; aucun autre ouvrier ne se montre vraiment partant. Il semble toutefois y avoir déjà beaucoup de travail à l’atelier…
Toujours embêtés par des problèmes de communication, nous décidons de trouver Baba pour éclaircir les choses. Bien que nous le dérangions en plein petit déjeuner, notre ami enfile sans traîner une paire de sandales et nous accompagne sur place, en nous confirmant qu’il y a bien deux jeunes qui ont été désignés pour la formation et qu’ils sont disposés, malgré le travail à l’atelier, à aider les bénéficiaires directs du système ; nous attendons seulement qu’ils finissent quelques soudures…
En attendant près du puits, nous contemplons six mètres plus bas, une cornière de l’éolienne que nous avions fait tomber quelques jours plus tôt…cela fait partie des choses que l’on ne prévoit pas lorsqu’on planifie le travail sur place. A force d’échanges et de questions, la tête toujours penchée au dessus du puits où habite désormais notre pompe, nous commençons à intriguer le paysan qui occupe cette parcelle, ce paysan dont nous ne connaissons toujours pas le nom…
Bien qu’il ne l’ait jamais fait, et qu’il n’ait jamais vu personne le faire sur ce puits, notre ami semble décidé à descendre pour nous rendre service. Essayant de l’en dissuader, en vain, nous l’aidons finalement à descendre au bout d’une corde renouée en plusieurs endroits et d’un bâton de fortune qui lui servira de chaise. Nous sommes aidés par deux gars costauds qui passaient par là. Nous fermons souvent les yeux. Au moment par exemple où notre acrobate toujours pieds nus arrive au fond et se jette dans l’eau, dans l’espoir secret d’avoir pied, puisqu’il ne sait probablement pas nager… Nous récupérons finalement notre jardinier et notre cornière sans avoir eu le temps de réaliser.
Nous sommes bientôt rejoins par Monsieur Ba, accompagné pour l’occasion d’un Toubab d’une cinquantaine d’année. Au cours des présentations, nous apprenons qu’il est professeur de sport dans un lycée professionnel agricole situé près de Lille, et qu’il projette d’emmener des élèves au Sénégal, puisqu’il possède désormais une maison dans le village, afin de travailler avec les paysans d’ici. Cette idée nous plaît beaucoup car les méthodes d’arrosages ici ne sont pas très bien étudiées, et la consommation d’eau reste très élevée. Eveiller les populations à ces problèmes, c’est aussi accroître l’intérêt de notre pompe qui ne fournit pour l‘instant pas autant d’eau que n’en remontent quotidiennement les jardiniers, avec deux sceaux, une poulie et beaucoup d’efforts…
Nous effectuons finalement la formation avec beaucoup plus de deux élèves : Mr Ba et son ami français, Baba qui nous accompagne, sont aussi présents, sans oublier notre jardinier cascadeur. A ce petit comité vient s’ajouter Chérif, qu’Anaïs et Philippe ont rencontré lors d’un passage à Saly, la grande citée touristique de la côte, et qui semble intéressé par nos pompes, qui pourraient lui permettre d’exploiter sa propriété et de mettre ainsi un terme à une longue période d’inactivité. Notre nouveau contact a déjà des propositions de prêt remboursable à chaque récolte ; l’idée est intéressante et doit constituer pour nous une piste de réflexion à venir, mais pour l’instant nous ne pouvons proposer à ce brave garçon que de simples démonstrations autour du système…
La formation sera beaucoup plus courte que prévue, malheureusement. Nous avions prévu de démonter et remonter entièrement la pompe, pour en expliquer rapidement le fonctionnement. Mais l’empressement des jeunes et les interventions répétées de Mr Ba dont la vivacité d’esprit dépasse le rythme du groupe, nous obligent à revoir nos ambitions. Nous nous contenterons d’un changement de membrane, une opération qu’ils auront à effectuer tous les six mois environ, et d’une installation complète de la pompe au fond du puits, de l’éolienne et enfin de la transmission. A deux heures, l’ensemble est terminé, nous partons manger.
Ce midi nous dévorons en quantités déraisonnables le délicieux plat préparé chez Baba. Après le thé, la digestion est difficile et la sieste sur une natte s’impose. Fatigués par le soleil qui tape et les récentes longues journées de fabrication, nous avons du mal à reprendre le chemin du travail.
Après avoir pris la lourde décision de redémarrer, nous sommes arrêtés en plein élan, juste devant l’école, par le professeur de sport qui nous invite à boire un rafraîchissement chez lui ; puisqu’il doit quitter le village dans cinq jours, nous ne pouvons refuser…
Nous ne retrouverons le chemin du puits que vers cinq heures et demie. Comble de cette journée, nous sommes rappelés à l’ordre par un des deux jeunes formés plus tôt dans la journée. Celui-ci nous félicite de cet acharnement au travail ; venant d’un sénégalais, la remarque est pour nous déconcertante…
Arrivés sur place nous retrouvons notre pompe qui n’a pas l’air de débiter beaucoup d’eau. En fait c’est un jour sans vent aujourd’hui, sûrement pas un jour pour commencer nos essais. Nous nous contentons de corriger les pièces de la transmission qui paraissent peu soignées. Mais ici la moindre retouche est l’occasion d’un aller retour à l’école qui est le point électrifié le plus proche du puits.
Nous n’avons pas plus de chance le lendemain : le vent est toujours faible et ne permet pas de faire des mesures efficaces. Ce midi nous devons retrouver Anaïs, Philippe et Cheick, dont les plans à Sowane ont été légèrement modifiés…Le puits qui nous avait été présenté lors de notre première visite n’accueillera pas la pompe ; celle-ci est réservée à un puits qui n’est pas encore terminé…
Nous devrons alors discuter ensemble de la possibilité de réaliser une nouvelle éolienne deux fois plus large que celles déjà installées, et qui devrait fournir un couple supérieur pour l’entraînement de la pompe, et des données supplémentaires pour notre étude.
Nous quittons tous ensemble MBailling dans l’après-midi, pour retourner sur Thiès, avec la ferme intention de construire en quelques jours, cette grande éolienne…