le 21 juillet

Publié le par en quête du monde

Le 21 juillet depuis Peycouck,

 

Mardi nous avons des nouvelles du bois, de bonnes nouvelles ; une fois de plus Sékou nous sauve la mise, grâce à un contact en Casamance, seulement deux jours après que F. Faye nous ait annoncé que ses solutions d‘approvisionnement tombaient à l’eau. La prochaine rencontre avec Sékou, devenu notre ange gardien officiel, sera l’occasion d’un premier déplacement dans les villages « pilotes », où nous installerons les deux premières pompes, et ce donc, juste après la fabrication au centre.

Nous allons récupérer deux troncs de 50cm de diamètre sur 3mètres ; c’est suffisant pour réaliser 3 pompes, une fois le bois de cœur écarté, pour respecter les contraintes de tenue mécanique. L’essence sera le Teck, un bois dur idéal pur les efforts mécaniques générés dans la pompe et qui de plus, admet très peu de déformations entre bois mouillé et bois sec (de l’ordre de 1 à 2 % seulement). La pompe étant réalisée habituellement en bois mouillé (bois fraîchement coupé), cette propriété pourra nous donner une certaine marge sur le transport et le conditionnement des pièces, et pourrait donner lieu à une étude de recherche et développement pour l’équipe camerounaise de la mission 2006. Le tout devrait être acheminé par bateau jusqu’à Dakar pour mercredi prochain, la formation commençant le jeudi ; les délais sont sérés sur ce coup mais nous devrions pouvoir commencer à temps !

 

Le soir nous sommes invités à prendre le thé (dites attaï en Wolof) chez une jeune fille du village prénommée Khadi ; malgré son jeune âge (15 ans), elle fait partie de nos contacts les plus avenants. Elle nous installe dans la chambre de son frère aîné dont nous faisons la connaissance. A la lueur d’une modeste lampe à huile, nous discutons tandis que d’autres garçons du village nous rejoignent. Comme à leur habitude, les jeunes sénégalais commencent par nous taquiner ; ce petit jeu de culture nationale auquel nous ne sommes pas habitués nous met mal à l’aise, et nous parlons finalement peu. Mais en peu de temps, les sénégalais savent revenir des plaisanteries liminaires et se montrent généralement très bavards et très curieux. Bien que la chaleur à l’intérieur de cette chambre exiguë devienne étouffante, l’intérêt des échanges qu’il s’y tient nous fait rester jusqu’à une heure tardive. Nous y faisons la connaissance de jeunes travailleurs (mécanicien, menuisier ébéniste, chauffeur…) qui évoluent en tant qu’apprentis, non rémunérés ; travailler leur permet de prétendre à la nourriture et au logement familial, en attendant de pouvoir lancer leur propre affaire. Un seul d’entre eux prolonge ses études ; il a 21 ans, récemment sorti de l’école coranique, il redouble sa 4ème et aspire à une carrière de médecin dans l’armée. Leur vie active est dure, certains travaillent à Dakar en semaine, n’en reviennent que le week-end pour passer des nuits à bavarder et dormir à cinq sur deux matelas. L’un d’entre eux nous raconte sa tentative avortée de passage en Espagne. Embarqués sur une pirogue, lui et cinq autres jeunes étaient partis de Dakar et avaient réussi à rejoindre la côte espagnole. Rapidement repris par la police locale, ils ont été reconduits sur le territoire sénégalais. D’autres fois certains gamins ne terminent pas le dangereux voyage.

La vie est rude au Sénégal, ils ne manquent pas de le souligner ; de nombreux jeunes rêvent aujourd’hui de l’Europe…

Il nous parlent inévitablement de football…les sénégalais en sont fous.

 

Mercredi…

 

Nous profitons de nos derniers jours de libre avant les débuts de la formation pour nous rendre à Saint Louis, située sur une île du Nord du pays, embrassée par le fleuve Sénégal, juste à la frontière de la Mauritanie.

Départ tôt le matin pour faire les 300km qui nous séparent de l’ancienne capitale de l’Afrique française. Chekh nous accompagne toujours, nous finissons notre courte nuit dans la voiture. Sur la route, les paysages se succèdent, de la forêt de baobabs à la savane sèche et aride. Nous traversons de nombreux villages. Damien prend le volant pour la fin du voyage. Cela ne durera pas puisque nous sommes arrêtés au premier poste de police. Nous donnons les papiers de la voiture et le permis de Damien, ou plutôt la photocopie du fax du permis scanné de Damien… Cela n’est pas du goût de l’agent qui nous contrôle et qui dénonce l’infraction qui n’en était pas une. Il prend les papiers comme cela se fait ici, et s’en va contrôler d’autres véhicules. Nous attendons, Chekh le suit pour essayer de négocier…Un quart d’heure s’écoule et notre ami revient le sourire aux lèvres. « Il faut toujours faire du bien autour de soi » précise-t-il. Il se trouve qu’il y a quelques années, notre guide avait réglé un différent entre un ami à lui et notre policier, lui évitant de graves ennuis. Ce dernier s’en est souvenu et a bien voulu passer l’éponge. Le hasard fait bien les choses, et nous évite une amande de 18000 Fr CFA (30 euros) !… Nous poursuivons notre route et arrivons à St Louis. Cette ville a des airs de Venise à première vue, de belles mais anciennes maisons coloniales bordent les rivages du fleuve. Nous traversons ce dernier et après avoir demandé notre chemin quelques fois, nous arrivons dans une auberge : «  la Louisiane  ». Le patron, un petit nigérien jovial, nous accueille et nous montre les chambres qui se révèlent être dignes d’un bon hôtel français (toilettes, douches et ventilo dans la chambre !). La terrasse est magnifique, elle donne directement sur le fleuve Sénégal et on peut voir en face les pirogues des pêcheurs. Nous nous installons et partons visiter la ville.

         Nous sentons que nous sommes dans un site touristique, les marchands nous abordent à tous les coins de rues, les gosses nous réclament de l’argent, les prix sont plus élevés et la ville est bien entretenue. Les maisons arborent des balcons stylisés et cachent de superbes escaliers et cours intérieures. On imagine bien la ville au temps des colonies… Nous traversons un autre pont et arrivons sur le quartier de la langue de barbarie, celui des pêcheurs et des belles pirogues colorées. Les maisons sont plus « traditionnelles », les rues moins entretenues, les odeurs de poissons plus fortes, nous arrivons sur la plage où les pêcheurs s’activent et les enfants jouent au foot ou se baignent dans de gros rouleaux. Le spectacle est saisissant. C’est aussi de cette plage que partent dans de grandes pirogues des sénégalais en quête d’une vie meilleure, vers l’Espagne et l’Occident. Certains y parviendront, d’autres reviendront, d’autres encore effectueront leur dernier voyage…

L’après midi se poursuit, nous faisons quelques achats, mangeons et allons nous coucher.

 

Nous avions décidé de nous lever tôt ce matin. En visitant la réserve de Guembel et le Parc national de la langue de Barbarie, nous serions de retour à Peycouck le soir même ; nous profitons de ces bons moments mais le travail nous attend au village.

Nous avons la chance de prendre le petit déjeuner en terrasse au bord du fleuve Sénégal. L’endroit est apaisant, nous entamons une belle journée au rythme de l’eau et entendons au loin les pêcheurs chanter comme pour se donner du courage.

La réserve de Guembel se situe à quelques kilomètres au sud de Saint Louis, sur la route de Dakar. Un guide nous emmène à pied à travers une étendue d’acacias et de figuiers de barbarie. Nous y rencontrons des gazelles et des onyx que nous pouvons approcher, des habitués aux passages des visiteurs, nous assistons au repas des tortues terrestres dont la doyenne frise les 105 ans, et nous évitons les attaques des mouettes protégeant leur nid. Seuls les phacochères nous échapperont ; le guide nous avoue qu’ils n’apparaissent que rarement. Les singes sont les derniers à se montrer, occupés à s’étirer dans les arbres.

Avant de partir, nous demandons un peu de l’eau que boivent les tortues ; il paraît que les gens d’ici s’en servent pour soigner l’asthme, et nous connaissons un enfant du village qui en souffre…

Le parc de la langue de barbarie, beaucoup plus touristique, propose des ballades en pirogue dans une réserve d’oiseaux migrateurs, coincé entre l’embouchure artificielle du Sénégal et l’océan atlantique. Les cormorans, les flamands, les hérons et autres martins pêcheurs s’y retrouvent en cette saison.

Pour terminer cette journée de détente, nous faisons un crochet sur le chemin du retour pour s’arrêter à MBoro sur mer. Près de la côte, la végétation est tout autre que dans la région de Thiès : ici on voit de légers reliefs pleins de verdure, parfois même d’étroites rizières. Sur la plage, le sable est agréable et les panneaux improvisés préviennent les baigneurs des dangers de l’océan ; en effet la mer est agitée, les courants puissants…nous prenons la précaution de ne pas trop nous éloigner, mais profitons tout de même de cette baignade tant attendue.

Nous sommes de retour à Thiès vers 8 heures, nous dînons en ville.

 

 

A suivre…

 

 

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Publié dans nouveautés sénégal

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