21-22-23 juillet

Publié le par en quête du monde

Le 21 juillet depuis Peycouck,

 

 

Cette nuit la pluie est tombée sous de bruyants orages accompagnés de coupures de courant, et cette journée semble annoncer le début de l’hivernage, la fameuse saison des pluies. Désormais les moustiques seront plus nombreux et plus agressifs.

Aujourd’hui nous souhaitons résoudre un problème concernant le bois. Aux dernières nouvelles, Sékou tentait de le faire embarquer dans le bateau de Dimanche, pour le réceptionner vers 6 heures du matin le Lundi à Dakar. Reste pour nous à le débiter en planches adaptées à la fabrication de la pompe et au stockage dans l’eau. Nous nous employons à contacter des scieries dans la région pour nous y aider, jugeant que l’utilisation d’une tronçonneuse, comme cela avait pu être fait dans les missions précédentes, était trop risquée et engendrait trop de pertes sur le bois.

Nous demandons à Check de se renseigner auprès d’un de ses amis menuisier à Thiès, dont nous avons déjà visité l’atelier. A l’image des commerces, les artisans d’ici (menuisier, mécano…) étalent leurs machines sur le bord de la route obligeant parfois les piétons à emprunter des trajectoires curieuses ; peu ou pas de trottoirs ici, seulement du sable épais qui dessine le bord des routes…L’après-midi, nous prenons donc le chemin de notre cybercafé favori pour lancer de plus amples recherches. Internet n’est pas d’une grande aide sur ce coup.

En sortant du cybercafé la solution est juste devant nos yeux, sur le trottoir d’en face : le bureau du service de protection des eaux et forêts. Deux d’entre nous traversent pour aborder un type posté à l’entrée. Moyennant quelques explications sur notre travail au Sénégal, nous sommes reçus par le directeur technique départemental, le Colonel Fall. Très serviable, ce dernier décroche son téléphone et contacte le responsable de la voirie à Thiès qui nous invite à passer immédiatement, quelques rues plus loin, pour voir si leurs machines nous conviennent.

En repassant nous prendre au cybercafé, Check nous fourni un contact en ville susceptible de débiter nos planches. Nous passons tout de même à la voirie, croyant que nous sommes attendus. Une fois sur place, nous ne trouvons pas grand monde, mais nous jetons un coup d’œil à l’unique machine à bois du site : rien d’intéressant  pour nous, une simple scie circulaire comme celles dont nous disposons aux ateliers, pas de quoi trancher nos troncs. Nous saluons un gars qui nous recommande un ami à lui, capable de faire le boulot : on retombe sur le même contact que celui de Check…nous passons le voir.

Le type en question est un menuisier de Thiès. Nous peinons à trouver son atelier dont la devanture a plutôt des allures de maison familiale ou de buvette. Nous pénétrons dans une cour intérieure où le bois s’entasse en grande quantité. L’homme avec qui nous négocions à des allures de bûcheron ; des bras énormes et de larges mains qui le prédisposent au travail. La machine dont nous avons besoin est là. Il nous assure qu’il peut tailler des planches aux dimensions voulues, et qu’il fera le boulot en un jour pour 7500 Fr CFA par tronc. Avant de nous quitter, il nous parle d’une essence apparemment très intéressante pour notre pompe : le bois de VEN. Assez proche du Teck, il la juge même supérieure mécaniquement et plus facile à travailler, et prétend pouvoir être le fournisseur sur place pour des troncs fraîchement coupés…Il faudra y réfléchir sérieusement pour la production à  plus long terme de la pompe, au niveau du centre de formation…

 

 

Le lendemain matin, nous profitons d’une visite au cybercafé pour aller remercier le colonel Fall pour ses conseils, et nous citons fièrement notre menuisier miracle. Il s’avère que notre contact fait du trafic de bois, que l’essence qu’il nous recommande est une espèce protégée en voie de disparition ; le type est surveillé par le service des eaux et forêts, pas étonnant que tout le monde le connaisse dans Thiès… Le Colonel conclue, amusé, qu’il lui fera l’honneur de sa visite annuelle, histoire de garder le contact.

 

 

L’après-midi est réservée à l’achat des bidons qui vont former les pales de l’éolienne. Des fûts      de 250 litres que nous avons repéré à 4000 Fr CFA pièce dans une station Total. Check nous propose des bidons négociables à 3000 dans un village voisin de Peycouck. Nous tentons cette solution qui nous permet en plus d’entrevoir le village voisin. Les bidons que nous trouvons sur place, dispersés au fond d’un jardin, devraient convenir, même si certains sont un peu déformés.

Ils nous seront livrés demain dans la matinée par charrette.

 

 

Le soir nous sommes traditionnellement invités à boire le thé chez deux jeunes filles, croisées à l’auberge des manguiers plus tôt dans la journée. Elle habitent une des plus grandes maisons du village, puisqu’elle est bâtie sur deux étages, chose rare même en ville. Nous y discuterons principalement avec leur frère aîné de 20 ans, Moustafa, qui passait son bac cette année. Il attend impatiemment les résultats qui tardent à cause des grèves. Le gouvernement a récemment accordé des augmentations à plusieurs corps de fonctionnaires dont certains ont été arrosés par des scandales. Les enseignants délaissés, et soucieux de voir l’image de la profession redorée depuis l’apparition du volontariat (enseignants recrutés parmi la population sans concours de l’école normale), prolongent aujourd’hui les  grèves et certains refusent de corriger les examens. Moustafa s’exprime dans un français impeccable ; c’est un jeune brillant, féru de lecture, qui envisage de continuer des études de philosophie à la faculté, éventuellement en France. Malheureusement, les perturbations actuelles l’inquiètent, il est possible que l’Etat français ne reconnaisse pas son bac…        

         A peine levés le lendemain matin, nous entendons un bruit de tôle sur lesquelles on frappe. Nos bidons ont été livrés à l’atelier de Chekh et ses apprentis sont en train de les couper en deux à l’aide d’un marteau et d’un burin. Nous partons alors pour l’atelier et travaillons avec les apprentis, étonnés de voir que des toubabs puissent réaliser des travaux manuels et se salir les mains. Les bidons sont dans un mauvais état, il faut les nettoyer, les redresser et les peindre d’une couche d’antirouille et tout ça avec les moyens du bord (cailloux, lessive, bout de bois,…).

         La journée passe et nous nous arrêtons à 17 heure pour aller chez François Faye, le professeur du centre de formation que nous avons rencontré la semaine dernière. Celui-ci vit encore chez ses parents, avec sa femme et ses enfants. Nous sommes bien accueillis et passons la soirée à palabrer sur des sujets divers et variés, même si le sujet principal reste celui de la formation et de la fabrication de la pompe. François nous apprend que les professeurs intéressés pourraient être à l’origine d’un GIE (Groupement d’Intérêt Economique), regroupant d’anciens élèves du centre autour de divers projets, celui de la pompe Valdes semblerait adéquat. François semble être un professeur impliqué et passionné, désolé de voir que certains de ses anciens élèves aient dû changer de métier faute de moyen et de machines. Au cours de la soirée, Philippe-Antoine est contacté par Europe 1 qui lui propose de passer en direct le soir même pour parler de notre mission et de notre association dans le cadre de l’émission Génération Europe 1. Il présente pendant 10 minutes le projet à minuit et demie heure française…nous espérons qu’il aura été entendu.

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Publié dans nouveautés sénégal

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