Semaine du 3 au 11 Août 2006, depuis Peycouck.

Publié le par en quête du monde

Bonjour et merci à tous nos lecteurs !

 

Voilà la news letter, désolé pour ceux qui s'impatientaient. Voilà de quoi nous rattraper. N'hésitez pas à regarder les photos sur le blog !

 

Semaine du 3 au 11 Août 2006, depuis Peycouck.

 

 

Le matin de la remise des prix, nous repoussons l’heure du réveil, n’étant pas attendus avant neuf heures. Cheick vient nous saluer, comme à son habitude, pendant notre petit déjeuner. Il nous conseille d’arriver pour neuf heure trente, et regagne l’école pour finaliser l’organisation de cette journée qui lui tient tant à cœur. Dans les engagements de notre ami, l’éducation détient une place toute particulière : Cheick est un homme instruit qui a dû arrêter ses études en classe de première, pour des raisons financières, et qui soutient aujourd’hui l’école sénégalaise en plein essor.

Nous sommes parmi les premiers à arriver sur place ; les rendez-vous sénégalais sont toujours calculés avec un peu de retard, mais les installations sont fin prêtes. Les chaises ont été soigneusement alignées à l’ombre des plus grands arbres de la cour et sous des tentes aménagées pour l’occasion. Les hauts parleurs annoncent en musique le début de la fête, et appellent les villageois à se réunir. Les invités divers quant à eux, responsables pédagogiques, élus locaux, ne tardent pas à affluer.

Les mères des lauréats, particulièrement élégantes en ce jour de récompenses, sont venues partager la fierté de leurs enfants, en attendant leur petit moment de gloire, celui de la photo ; sûrement la seule de l’année, comme nous l’expliquera notre ami Moustafa.

Des invités bien particuliers arrivent bientôt : une vingtaine de jeunes Toubabs encadrant une colonie de vacance, organisée près de Peycouck. L’association française en charge du projet, « vas-y j’y vais », est dirigée par une française qui a grandi dans la ville voisine de Thiès. Bientôt, les enfants déchaînés chantent et dansent sous la direction des moniteurs français.

Le speaker désigné pour l’événement annonce un « protocole » chargé pour cette matinée : remise des lots et des diplômes pour les cinq premiers de chaque classe, ponctuée de discours par les personnalités locales : chef de village, directeur de l’école, directeur de l’association des parents d’élèves, inspecteur…etc.

Nous serons salués et remerciés à plusieurs reprises par ces différents intervenants, pour notre implication dans l’événement, et notre action dans la région. Anaïs aura même le privilège de remettre son prix à une jeune bachelière. Car les récompenses ne s’arrêtent pas à l’école primaire. Le village entier accompagne ses enfants dans la suite de leurs études, jusqu’à l’université, et fait toujours valoir leurs efforts.

Les festivités se terminent vers une heure trente, l’heure pour nous de rentrer manger puis de se préparer pour le travail de l’après-midi, qui se passe sans encombres.

La journée de vendredi en revanche est ponctuée de nouvelles coupures de courants. L’entreprise nationale Sénélec, à l’organisation désastreuse selon les sénégalais, n’est pas en mesure de nous fournir un planning de distribution du courant. Chaque quartier est desservi à tour de rôle, et nous sommes donc coupés en pleine fabrication, sans pouvoir l’anticiper. Nous choisissons de quitter les ateliers et de revenir l’après-midi, en attendant notre tour à la maison. L’après-midi dans ces conditions n’est pas très productive, et nous commençons à revoir nos délais.

 

 

Bien que le rythme de travail ces jours derniers n’ait pas été très soutenu, nous sommes fatigués par les attentes et consacrons la matinée du samedi à nous reposer à la maison ; grasse matinée. Deux d‘entre nous font une virée en ville, pour faire quelques achats. Le repas qui se termine généralement vers quatorze heures trente nous coupe nos journée, d’autant plus en ce début de week-end où nous sommes invités vers seize heure chez Moustafa, avec qui nous aimons discuter longuement autour d’un thé. Le jeune bachelier s’imagine de plus en plus continuer des études de philosophie qui le passionnent, probablement à Dakar. Il envisage aussi la possibilité de partir à l’étranger, vraisemblablement en France s’il obtient une bourse et un visa. Comme la plupart des étudiants ici, Moustafa a tendance à nous prêter trop de mérite, imaginant qu’il faut être des génies, comme il le dit, pour étudier les sciences, la mécanique... Nous n’en gardons pas moins de simples relations entre jeunes, échangeant nos cultures littéraires ou musicales respectives.

Nous abrégeons la rencontre vers dix-huit heures, sur un coup de fil de François Faye, un des professeurs en formation, qui vient nous rendre une petite visite. Nous le recevons autour d’un verre de soda, et profitons de l’occasion pour trancher un peu avec le cadre du boulot, où François est sans cesse sollicité comme responsable des machines à l’atelier mécanique. Il lui faut sur place une attention épuisante pour veiller sur les apprentis en formation et les machines qu’il entretient.

 

Le dimanche matin, deux membres de l’équipe se rendent à la messe donnée à Dom Bosco par le père Grégoire, où certains de nos élèves chantent et jouent du jambé, tandis que les autres tentent le premier déplacement en taxi vers la ville. Le véhicule que nous avons loué nous rend d’immenses services dans notre mission mais nous a préservé jusque là des joies du covoiturage à la sénégalaise. Les règles sont simples. Tout d’abord ne jamais monter dans la voiture avant d’avoir négocié le prix de la course, n’oublions pas ici tout se négocie ! Préférer les regroupements avec les amis où n’importe quelle personne qui se rend dans un endroit voisin de votre destination ; le prix ne dépend pas du nombre de passagers à partir du moment où ils sont ensembles, c'est-à-dire qu’ils montent ensemble dans le véhicule. En ville les taxis se retrouvent donc vite pleins.

 

Le dimanche après-midi, nous travaillons quelques heures sur les livrets de fabrication des pompes et éoliennes, puis vers seize heures nous décidons de prendre le chemin de la mer, qui se trouve à une demi-heure de route. Les plages de sable sur la côte du Sénégal sont agréables lorsque le soleil brûlant est masqué par les nuages. Mais l’océan est agité, les vagues nombreuses rendent la baignade dangereuse pour les enfants, et forcent les adultes à la prudence ; mieux vaut ne pas s’éloigner du bord.

 

Nous sommes totalement regonflés lorsque nous prenons la route des ateliers le lundi matin. Nous projetons de terminer notre première pompe et rêvons déjà de la relier à l’éolienne achevée la semaine dernière et qui vient juste de recevoir sa couche de peinture. Mais la Sénélec en a vraiment décidé autrement…pas plus d’une heure de fabrication et nous revoilà privés d’électricité ! Un gros coup pour le moral. Il reste trop peu d’opérations purement manuelles pour continuer, nous renvoyons les élèves chez eux ; rendez-vous à quinze heure trente.

Nous profitons d’être en ville pour effectuer quelques achats de matériel : un disque à tronçonner pour la disqueuse, deux trois bricoles…

De retour à Peycouck nous décidons de rendre une petite visite à nos voisins de la colonie, à la sortie du village. Lorsque nous sortons de la maison, le portable sonne : le père Grégoire nous annonce que le courant est revenu.

La conviction n’y est plus vraiment mais nous retournons au centre car il faut tout de même avancer. Sur place nous ne trouvons qu’un seul des professeurs avec qui nous préparons le terrain pour un travail plus efficace l’après-midi. Mais nous nous sommes mal compris et notre retour précipité ce matin vient d’annuler le rendez-vous de la fin de journée : nous ne pourrons décidément pas avancer aujourd’hui…Nous sommes vraiment abattus lorsque nous quittons le centre à deux heures.

Nous consacrons notre après-midi à une visite envisagée depuis quelques temps. D’imposantes éoliennes avaient attiré notre attention lors de nos déplacements dans la région. Cheick nous expliquai un jour qu’il s’agissait de systèmes installés par une ONG italienne, la LVIA.  Lui-même avait participé, il y a quelques années, à une formation sur le terrain à la suite de quoi il avait été nommé responsable des pompes éoliennes dans les environs de Thiès.

Leur siège se trouve sur la route entre Thiès et Peycouck et François Faye possède deux trois contacts sur place. Nous convenons d’une visite surprise qui ne devrait pas, d’après lui, les gêner.

Avant de passer au siège principal, nous visitons leur usine de traitement des plastiques. Dans un pays où les ordures terminent leur vie au milieu des rues et où tout se revend jusqu’à épuisement, il est difficile d’éveiller les populations au long terme. Pourtant la LVIA vient de lancer un programme de collecte et de traitement des déchets plastiques qui inondent la vie quotidienne des sénégalais : principalement le plastique alimentaire, mais aussi la vaisselle et le mobilier qui sont plus rudimentaires mais aussi meilleur marché dans ce matériau. Le tout étant produit au niveau de Dakar et redistribué sur tout le pays. Pour ce projet, les italiens emploient majoritairement des femmes, dans les rues tout d’abord pour effectuer la collecte du plastique, puis au centre même où une douzaine d’entre elles s’acharnent à tout frotter à la brosse métallique, essayant de nettoyer les tonnes collectées puis noyées dans de grands bassins. Ce travail n’est pas une sinécure, surtout en cette saison où les bassins d’eau stagnante sont synonymes de moustiques, donc de paludisme. La saison des pluies étant bien entamée, l’équipe sur place a perdu des effectifs : trois femmes touchées par le paludisme sont bloquées à la maison.

 

Petite parenthèse sur le paludisme, que l’on nomme ici plus succinctement « Palu ». Il fait partie de nos préoccupations quotidiennes, surtout la nuit tombée, pendant laquelle les moustiques du palu sont plus nombreux et plus agressifs. Le Sibiru, comme on le nomme en Wolof, fait partie de ces obsessions invisibles qui ponctuent nos discussions comme pour nous divertir plus qu’il ne nous préoccupe vraiment. Nous nous en tenons toujours aux habits longs et au produit anti-moustique en soirée. La nuit, la moustiquaire et les prises repoussantes sont de rigueur, pour les toubabs évidemment, les gens ici se contentent au mieux de la moustiquaire. L’état multiplie les campagnes de sensibilisation en cette saison et instaure un prix maximum pour ces dernières.

 

Mais reprenons le court de cette journée édifiante…

 

Après avoir vu les machines extrudeuses qui découpent le plastique, puis signé le traditionnel recueil qui n’avait pas vu de visiteurs depuis trois mois, nous quittons le centre des plastiques en direction du siège principal de la LVIA.

Situé en bord de route, l’endroit regroupe plusieurs ateliers où nous apercevons des éoliennes en fabrication, et de nombreuses cases que nous pensons être destinées aux missionnaires. Nous sommes accueillis par Giovanni, un responsable de projet d’une quarantaine d’année qui a bien du mal à cacher son fort accent italien. Les présentations faites, assis autour d’une grande table, il s’interroge sur notre venue. Après une brève description de notre projet, il comprend que nous sommes venus parler d’éoliennes, et entreprend un petit exposé.

  La LVIA installe des éoliennes au Sénégal depuis près de trente cinq ans. Elle confie aujourd’hui la réalisation et l’installation de ces éoliennes à des Groupement d’Intérêt Economique (GIE) dont le modèle fleurit un peu partout au Sénégal ; en témoigne celui de la déchetterie plastique.

Nous pensions en apprendre beaucoup ici. Prendre une leçon d’humanitaire en quelque sorte. L’expérience d’une ONG reconnue dans la région depuis 1972, avec des partenaires influents et des moyens colossaux.

Notre première satisfaction fut d’entendre le coût de ces installations : le système complet est fixé à près de dix mille euros…que nous comparons à nos modestes trois cents euros (sans la fondation du puit) évalués par l’équipe au terme des achats de matière première et d’une rapide étude de la production, main d’œuvre et achats occasionnels compris.

Bien sûr nous ne travaillons pas avec les même besoins : les italiens remontent de l’eau située à cinquante mètres en contrebas avec un débit de quinze mètres cubes par jour. Notre mission aujourd’hui vise des puits d’une profondeur de six mètres avec des besoins en eau de six mètres cubes  par jour.

Nous sommes rapidement déroutés par l’assurance de ces missionnaires qui sont pourtant de plus en plus loin du terrain et qui semblent oublier les besoins réels des populations ; l’éolienne de la LVIA n’a pas changé depuis trente cinq ans, et les villages, qui participent à hauteur de dix pour cent pour le financement (tout de même mille euros !), semblent peu impliqués par la suite. C’est ainsi qu’on trouve dans la région plusieurs de ces éoliennes qui ne tournent plus. Celle de Peycouck par exemple, que nous avions pu admirer lors de notre première ballade dans le village, a été immobilisée à la suite de l’assèchement temporaire du puit, et avait cessé définitivement de tourner par l’immobilisme des populations qui se retrouvent sans moyens et sans formation. La maintenance est également très coûteuse sur ces pompes en bronze achetées à Dakar.

Discutant d’autres projets conduits par les italiens sur le territoire sénégalais, nous commençons à comprendre que leurs actions mettent en jeu des budgets colossaux se chiffrant en millions d’euros, venus bien sûr de la grande Europe.

L’ensemble nous déçoit quelque peu mais renforce en même temps nos convictions : nous pensons que là où nous partons pour les installer, nos pompes vont satisfaire les besoins des habitants.

Nous ferons la rencontre de deux autres personnes sur place, italiennes elles aussi. Anna Maria est une jeune engagée qui nous propose un petit café, façon italienne ; nous ne pouvons refuser ce petit plaisir oublié ici à force de café épicé.

La dernière arrivée est aussi la plus avenante. Francesca est la responsable des éoliennes dans la région, mais aussi logiquement la plus intéressée par notre petite visite. Une femme énergique et drôle qui pense déjà à échanger nos expériences. Nous notons nos numéros de téléphones, espérant assister chacun à l’installation des nos deux éoliennes. Notre nouvelle collègue nous promet de faire un détour par le centre avant la fin de la semaine…

Le mardi la fabrication reprend sérieusement. Deux bonnes demi-journées de présence efficace et d’électricité providentielle nous permettent de terminer la première pompe et de bien avancer la seconde.

Pour l’équipe désormais, la pompe est une obsession ; nous y consacrons nos journées, lors de la fabrication comme à la maison où nous avons d’interminables discussions, à propos de la formation, du projet à long terme, des innombrables corrections à apporter aux notices, et la voir enfin tourner est un moment de satisfaction profonde. Pour nos élèves aussi cette fin d’après-midi est un déclic. Fatigués par la formation, ils attendent sceptiques de voir enfin tourner cette mystérieuse machine dont ils ont façonné les pièces une à une. Après tout ils n’ont avancé jusqu’ici qu’en croyant religieusement à nos divagations techniques....Nous sentions d’ailleurs ces derniers jours, dans la phase de retouche minutieuse des pièces, que certains doutaient, sûrement de manière  justifiée…Mais aujourd’hui la pompe branchée sous l’éolienne a rassemblé les esprits hésitants et ressourcé les plus fatigués. Nous en profitons pour effectuer un essai rapide sur le débit, qui s’avère satisfaisant.

Sur le retour, dans l’ambiance réjouie qui emplit la voiture, nous recommençons à bâtir des projets ambitieux, à prévoir des tailles de pistons et d’éolienne variées qui pourrait nous permettre de créer une base de données expérimentale.

Sur le chemin nous dépassons un homme en motocyclette, transportant une barre de PVC longue de six mètre, en équilibre sur son épaule pourtant sollicitée par les mouvements de guidons et les éventuels coups de frein…le genre de rencontres qui nous amuse beaucoup, tandis que Cheick nous avoue le faire en cas d’urgences…

Le lendemain nous retrouvons des élèves en pleine forme. L’équipe qui vient de finir sa pompe entame la seconde éolienne qui sera construite à l’identique de la première, et ne devrait donc pas tarder à fonctionner ; car si nous disposons de nombreux plans récents et complets pour la pompe, ce n’était pas le cas de l’éolienne qu’il a fallu repenser. D’autre part l’expérience acquise par les élèves sur les machines permettra à l’autre groupe d’aller également plus vite sur la seconde pompe…théoriquement, mais l’électricité nous fait une nouvelle fois faux bond. Fort de l’expérience de lundi dernier, nous fixons un rendez-vous aux élèves pour l’après-midi, nous ne reviendrons pas avant. Nous partons en ville pour remplacer un roulement d’éolienne détérioré pendant le montage. La boutique où nous rendons pour la seconde fois est tenue par un vieil homme, et se situe dans le marché central de Thiès. On y vend des pièces détachées en tout genre, pièces de voitures, appareils ménagers, le tout entassé de manière anarchique. Il ne faut pas hésiter à aller se souiller pour appairer dans l’obscurité un roulement conique et sa bague, en équilibre sur les montagnes de récupération qui jonchent le sol. La fabrication se déroule correctement l’après-midi.

Jeudi encore, coupures…plus personne ne s’étonne de voir une machine s’arrêter entre ses mains. Au moment où nous quittons le centre, on nous annonce de la visite. Comme promis, Francesca est passée nous voir, accompagnée de Gigi, un jeune étudiant italien qui travaille sur la capitalisation des éoliennes de la LVIA.

Notre amie se montre passionnée par les réalisations dont nous lui faisons la démonstration, et prend de nombreuses photos. Après quelques conseils avisés sur la passation de gestion auprès des comités villageois de développement, et quelques généralités sur l’organisation sociale des sénégalais, elle nous donne une nouvelle fois rendez-vous pour l’installation de notre éolienne, puis d’une de son ONG.

Pas de coupures le vendredi matin, nous travaillons une matinée complète, et donnons à toute l’équipe une après-midi de repos bien méritée. Nos élèves doivent se préparer à l’approche du quinze Août qui donne apparemment lieu à une grande fête ; nous ne pourrons pas travailler mardi. Quant au mercredi matin, ils le réservent pour récupérer…

En fin d’après-midi nous prenons la voiture pour aller profiter de la fraîcheur du bord de mer. Baignade et lecture sont au programme, tandis qu’une poignée de jeunes procèdent à leur entraînement de lutte sénégalaise. L’un d’entre eux nous invite à le défier à ce sport national. Mis à part les shows télévisés auxquels nous avons assisté, nous n’y connaissons pas grand-chose et nous refusons amicalement l’invitation.

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Publié dans nouveautés sénégal

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