31juillet 01 et 02 Aout
31 juillet, 1er et 2 août,
Le lundi matin nous reprenons la fabrication au centre, avec la fatigue d’une fin de semaine. Les trajets en voiture sur les routes abîmées, et la chaleur pesante de l’hivernage rendent chaque déplacement plus éprouvant et nous traînent au lit souvent assez tôt dans la soirée.
La réalisation de la première pompe et de la première éolienne se poursuit sans encombres pour ce troisième jour de formation ; l’électricité comme nos élèves sont au rendez-vous, et l’atelier tourne à plein régime. Les premières pièces retiennent l’attention des professeurs qui s’appliquent à respecter les plans que nous leur avons emmenés. Leur minutie nous rappelle la fabrication de nos premières pompes en bois sec, commencées il y a deux mois en France. Nous leur laissons ce temps précieux pour s’habituer au mécanisme, mais également aux machines, que la plupart d’entre eux méconnaissent totalement. L’occasion pour nous d’inculquer quelques règles de sécurité. Ici, élèves et professeurs manquent de matériel : lunettes, gants, chaussures renforcées restent des équipements rares et coûteux. Nous avions déjà constaté avec effarement qu’une immense majorité de soudeurs travaille ici sans masque de protection, dans le meilleur des cas avec des lunettes de soleil aux allures de gadget. Les ateliers sont pourtant équipés de masques standard. Mais il faut, nous explique-t-on, les tenir d’une main tandis que l’on soude de l’autre…l’efficacité de l’opérateur prime finalement sur sa santé. Nous pensons qu’avec peu de moyen et en peu de temps, nous pourrions équiper ces masques de dispositifs frontaux...
Nous proposons à toute l’équipe de revenir travailler l’après-midi, pour anticiper d’éventuelles pannes de courant les jours suivants. Nos élèves sont en forme, nous pouvons prendre un peu d’avance.
Le mardi nous travaillons jusqu’à 13H30, écourtant quelque peu nos horaires, pour nous rendre dans le second village pilote : MBalling. Ici aussi le premier contact est chaleureux. Nous trouvons Sékou allongé sur une natte, profitant de l’ombre généreuse d’un manguier pour faire une sieste. Nous sommes embêtés de l’arracher à ce moment délicieux, et si rare dans le rythme effréné qu’il s’impose quotidiennement. Cheick nous l’a plusieurs fois confirmé, Seikou est un homme exceptionnel de dévouement, même au sein d’une ONG comme
On nous présente le jeune « Chef DU Village ». Nous étions habitués à rencontrer des chefs beaucoup plus âgés que ce jovial trentenaire. Etre « Chef DE village », nous explique-t-il avec un sourire railleur, c’est un métier, qu’on peut exercer n’importe où…moi je suis seulement Chef DU Village d’MBailling.
Situé à quelques minutes de MBour, juste au bord de la mer, ce village avec près de 3500 habitants prend maintenant des allures de ville, avec plus de 600 élèves inscrits dans l’unique école primaire où nous nous rendons dès notre arrivée. Au milieu de la cour nous trouvons le directeur, monsieur BA, assis dans un large fauteuil qui appuie sa grande taille et sa présence certaine. L’homme passe en revue les principaux enjeux de notre mission, avec une telle précision qu’on eut jugé qu’il en était l’initiateur. Le rôle de cet homme dans l’éducation comme dans la vie du village doit être essentielle. Un de nos contacts, Xavier Durand, président de l’Asaal (une association française d’aide aux lépreux) nous en avait fait l’éloge lors de notre rencontre en France, il y a un mois. Nous aurons l’occasion de discuter plus longuement dès notre retour sur place pour l’installation de l’éolienne.
Nous visitons ensuite le lieu d’implantation d’un de nos deux systèmes : un large périmètre maraîcher, traversé par des vents abondants, même en cette saison plutôt consacrée aux pluies. Chose étonnante ici, la proximité de la mer et l’acharnement des agriculteurs à creuser d’avantage les puits, ont donné de l’eau saumâtre, même à six mètres de profondeur. L’irrigation est donc réalisée à l’eau salée qui, même si elle ralentit la croissance des plantations, reste la seule solution durable sur place.
La configuration autour du puit ciblé, avec peu d’arbres pour une exposition maximale, prédit définitivement de bons résultats pour la pompe. Mais tout n’est pas gagné à MBalling, car les besoins quotidiens en eau sont de taille. Un important système de canalisations remplit des bassins disposés tout autour des puits, par l’intermédiaire d’un déversoir. Nous estimons rapidement le volume mis en jeu… Près de sept mètres cubes sont actuellement remplis au seau pour les besoins des cultures, à raison de deux fois par jour. La nappe est accessible à six mètres de profondeur, mais le puit qui contient actuellement un mètre d’eau, vient à tarir lors de la saison sèche. Notre pompe, qui doit rester immergée si l’on veut s’affranchir des déformations du bois suivies d’éventuelles ruptures du mécanisme, devrait permettre un puisement régulier et un renouvellement permanent de l’eau de la nappe…
A notre départ, le chef du village nous propose de passer voir une auberge sur la route. Nous pourrions durant notre séjour y prendre nos repas et quelques rafraîchissements. Nous montons dans la voiture pour une centaine de mètres. L’endroit est tenu par un Toubab, un français installé depuis quelques mois seulement. Notre compatriote est collectionneur et très bavard ; il nous commente son exposition de monnaie sénégalaise qui à défaut de comporter des originaux, retrace au travers d’impressions couleurs l’histoire complète des billets du pays depuis l’époque coloniale. Cet ancien électro-technicien reconvertit pour dans l’hôtellerie pour l’occasion, nous donne rendez-vous à notre retour pour discuter d’énergie renouvelables autour d’une bière fraîche.
Sur le chemin du retour, nous effectuons nos premières estimations concernant le vent et nous procédons aux premiers calculs qui permettront de déterminer le diamètre du piston de cette pompe.
La matinée de mercredi annonce la fin de la construction de la première éolienne. La structure métallique culmine à 3m80 de hauteur et tourne convenablement sous la brise qui s’engouffre derrière les ateliers. Par le portail depuis la rue, les enfants du quartier viennent épier les Toubabs et leur étrange machine.
Le lendemain matin aura lieu la remise des prix à l’école primaire de Peycouck. C’est un événement important pour le village. Cheick, président de l’association des parents d’élèves, nous a remis notre invitation. Nous sommes conviés à neuf heures ; nous demandons à l’équipe des pompes de travailler exceptionnellement l’après-midi, pour nous permettre d’honorer cette invitation.
Nous apportons une modeste contribution à cette fête annuelle en proposant des lots au directeur reconnaissant ; du matériel scolaire pour l’essentiel, emmené de France, et des diplômes d’honneur, pour le premier de chaque classe, esquissés sur notre ordinateur et imprimés en ville sur des feuilles cartonnées : une grande nouveauté pour les enfants !
En fin de journée nous nous rendons en ville, au marché central de Thiès. Dans les rues étroites s’entassent d’étranges boutiques…Certains vendent des récipients plastiques de récupération (bouteilles, bidons…), d’autres débitent des morceaux de viande cachés sous d’épais nuages de mouches. Les faussaires quant à eux proposent aux jeunes toutes les grandes marques de vêtements que l’on trouve en Europe, et des films récents à prix cassés. Nous repérons déjà les tailleurs chez qui nous pourrons commander de vrais Boubous africains ; nous comptons bien nous sénégaliser d’ici peu…